mardi 4 avril 2017

Hésitations chez le Psy



Hésitation chez le psy

      Aujourd’hui, vendredi 31 mars, Hésitation se rend chez son docteur des méninges.   
 Le rendez-vous est pris pour 11H chez le docteur Guillaume Dorian, Psy du 70 cours Gambetta.
Elle ne sait pas encore si elle ira en bus, en voiture ou à pied. C’est tellement pénible ces rues pour se garer! Les transports en commun auront eu raison de ses doutes. Mieux vaut prévoir la simplicité et arriver dans de bonnes conditions.
Devant la porte, encore une incertitude à balayer pour être tout à fait sûre. Sonner ou repartir sur le champ ? L’abondance de questions qu’Hésitation a emmagasinées depuis ce matin se bouscule dans sa tête. « Allez ! Pour une fois, je ne me reconnais plus, se dit-elle en appuyant franchement sur le bouton du 2è.»
Une fois dans l’ascenseur, elle réfléchit intensément à cette visite.
« Que vais-je lui raconter aujourd’hui ? Il y aurait tant à dire… Mes choix politiques, la couleur de la robe du mariage, l’achat ou non d’une nouvelle cafetière, avec ou sans dosette ? Je verrais bien ! »
La salle d’attente est vide, comme sa tête, à la fois transparente et confuse.
« Ah ! Mademoiselle Hésitation, c’est à vous. »
« Vous êtes sûr, docteur? » dit-elle en jetant son regard inquisiteur dans toute la salle.
« Je vous attends, prenez votre temps ! »
Hésitation est prête à toutes les situations. Elle se présente, ne sait où s’installer. Le fauteuil, le divan ou la balançoire ? Elle choisit la balançoire.
-  Voilà, je me sens bien, ici. Que dire aujourd’hui ? Oui, j’ai pris le C21, puis le métro, pas de problème. Je ne suis pas en retard, n’est-ce pas ? Dites-moi si je vous ennuie. Je ne sais pas si je dois tout vous dire ?
- Allez-y, balancez-vous et je vous suis dans votre récit. 
- Et bien, c’est-à-dire que… Par quoi commencer ? Ah oui… et puis non…  
- C’est-à-dire ? 
- Voyons, je suis plus incertaine que la semaine dernière… j’hésite à vous parler de ce qui me préoccupe. Et sur cette balançoire, j’ai comme une sensation de flottement qui m’empêche de fixer mes idées. Comme c’est déroutant de ne savoir que penser, qu’espérer. Tout mon problème est là !
- Oui, bien sûr, vous n’osez pas, oubliez votre hésitation et dites-moi franchement si ma nouvelle cravate me va bien. J’ai un rendez-vous amoureux ce soir et je ne voudrais pas faire fausse note. 
- Ah ! Je ne saurais dire ! Elle est chic mais un peu trop voyante, peut-être même ringarde. Que sais-je ?
-  Oui ? C’est vrai, vous ne savez jamais vraiment quoi penser. Êtes-vous libre ce soir ? 
- Ce soir ? 
- Oui, ce soir ! reprend le psy en poussant légèrement la balançoire. Alors ?
- Oui ! répond Hésitation sans hésitation. Je crois bien que oui, j’en suis même sûre !
- Bien, je crois bien que c’est fini pour vous. Euh ! Vous avez dit « oui » ? Et bien …euh… comment dire…je ne sais pas si je peux réellement. Je vais y réfléchir... je ne suis pas certain de pouvoir. J’hésite. Ce n’est pas sûr du tout. Puis-je prendre place sur la balançoire à côté de vous ?
- Euh !  J’oscille entre « oui » et « non » Mais si vous y tenez… je pense que c’est sans ambiguïté.  Oui !

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