vendredi 28 octobre 2011

Le prétendant malgache






Elle attendait, elle attendait…
Sa quenouille mille fois rembobinée, son rouet maintes fois déroulé.
Pénélope en avait assez de voir défiler sous ses yeux embués, nombre de prétendants obséquieux.
Le romain avait le nez trop aquilin.
Le grec avait les bourses vides.
Le perse avait les dents trop noires.
L’indien sentait fort le curry.
L’éthiopien l’endormait de ses champs insipides.
Pourtant, il en était un, ma foi, fort bien bâti qui eût pu rendre son mari jaloux s’il n’était point parti.
C’était le prétendant malgache.
De ce long défilé, jour et nuit, Pénélope ne voyait plus que lui !
Il faut dire qu’il avait usé d’une ruse séductrice qui trompa la belle éblouie.
A chaque passage, il était présent, et, d’un sourire ravageur invitait Pénélope à de secrets voyages.
Résistant du mieux qu’elle put, luttant contre son désir et abandonnant sa folle idée, elle annonça au prétendant presqu’élu :
« Tu repasseras au deuxième tour ! Le face à face avec Ulysse risque de t’être fatal ! Tu ne mérites pas un tel affront. Retourne vers tes rives ! »
Et c’est ainsi que le beau prétendant malgache reprit la mer pour Tananarive.
écrit avec les Scribes en Délire - Oct. 2011 - Lyon

mercredi 13 juillet 2011

Les Alexandrins du Breton




C’est un breton qui revient au pays natal.
Sous sa vareuse grise, il cache un photophore,
Une lanterne bleue qui vient du sémaphore.
A petits pas il s’approche du littoral,
A l’endroit où jadis, il parlait à la mer.
Balayé par les ailes du vent maritime,
D’un coup il aperçoit une lueur éphémère
Qui l’attire sur les ondes, au fin fond de l’abîme.
Il voulait ce soir-là, s’en retourner au bal,
Où il avait trouvé son plus joli trésor,
La fille du capitaine, tout près de l’arsenal.
Pourtant cette nuit-là, on repêcha son corps.
Quand un breton seul et ivre rejoint sa terre
Sur le rivage blanc et sous un ciel de crime
Les goémons s’enlacent entre les filets d’air
Traînant des nasses vertes que les barques arriment.

vendredi 24 juin 2011

Alphabistrot



Alphabistrot …. jeu d’écriture
 

Auberge – Bistrot – Chaise – Dés – Épisode – Filles – Garçons – Homme – Idée – Jeu – Karaoké – Lumière – Maire - Nuit – Ombre – Pot – Quenelle – Rouge – Saucisson – Tartine – Ustensiles – Vin - Weekend – Xérès – Yaourt – Zébrures
Dans le bistrot, les filles et les garçons étaient au jeu de dés.
Sur la table d’à côté, un repas était dressé : pot de vin rouge, assiette de quenelles, saucisson, tartines au xérès, yaourt maison aux fraises.
Sur la chaise, un homme attendait la nuit avant d’entamer son repas.
C’était le maire. Il savait que ce weekend, un karaoké géant devait avoir lieu dans l’auberge d’en face. Et cela comme chaque année ! Cette nuisance l'insupportait grandement, lui qui habitait à côté de l’auberge. Que faire pour qu’il n’ait pas lieu ? Il eut soudain une idée. La nuit enfin venue, il avala son repas, se leva et salua l’assemblée des jeunes qui attendaient là l’ouverture de la soirée. Il prit soin de passer derrière le comptoir et de faucher discrètement un ustensile indéfinissable.
D’un coup de bicyclette, il arriva au transformateur, à la sortie ouest du village, après les zébrures du grand virage. Il prit soin d’ouvrir, à l’aide de l’ustensile, la porte métallique du gros boitier sans toutefois faire trop de dégâts. Et d’un coup, sans hésiter, enfonça le bouton rouge.
Puis ce fut le noir total. Aucune lumière, donc aucune ombre reconnaissable.
Il pédala en silence jusqu’à son domicile, se coucha à la bougie, mit ses bouchons d’oreille et passa une bonne nuit.
Dès potron-minet, il enfourcha son vélo et alla enfoncer le bouton vert du transformateur. Ni vu ni connu !
Cette panne retentit tout de même dans le village pendant un bon mois. Personne n’en comprit la cause.
Pourtant, une aigreur le cloua au lit toute la journée suivante.
Remord ou repas mal digéré ?
Le maire soupçonna le patron du bistrot d’avoir poussé un peu trop la dose de xérès sur ses tartines.
L’épisode achevé, il pensa à l’année prochaine et eut à nouveaux des nausées…

mercredi 1 juin 2011

Le bouton de Woody


19h. Sur la Croisette, c’est l’heure du Tapis Rouge.
Les badauds sont là depuis midi.
Ce soir, c’est du lourd. Woody Allen en scène pour la parade people.
Les photographes se pressent au premier rang, assis, à genoux ou sur un escabeau.
Parmi eux, Philibert, figé face à l’axe de la bande rouge.
19h17 Clameurs, applaudissements, cris d’amour et d’hystérie.
Woody apparait, le sourire vague, l’allure étrange. Il descend à pas lents au bras d’une jeune nymphe – la dernière née de ses pellicules.
Philibert est concentré, l’objectif obscène, l’œil droit soudé au viseur.
Woody est visé juste, mais justement là où il ne faudrait pas.
Un détail foudroie Philibert, obligé de cadrer large pour le dissimuler.
Woody s’est trompé de bouton !
Il a mis Pierre avec Paul ou plus exactement Scarlett avec Diane.
Sur sa chemise blanche, l’outrage est irréparable. Mais tans pis !
Philibert mitraille le cinéaste, pensant qu’au montage il aura l’habileté de corriger la faute de goût.
Et puis après tout, c’est Woody !
Le lendemain, la planète entière s’émeut de la photo de Woody Allen sur la Croisette.
« Oh, il s’est trompé de bouton et personne ne le lui a dit ! s’exclame-t-on. Quel charme ! »
Depuis ce jour, Philibert prend toujours soin de se tromper de bouton avant de rejoindre le staff du Service Presse.
**

mercredi 9 mars 2011

Lili rouge

Lili rouge

Tour D 6ème étage

Au bord du périphérique

Lili rêve

Casquette rouge

Et leggings noirs

Rien ne bouge

Elle part ce soir.

*

Tour D 6ème étage

Au bord du périphérique

Lili sourit.

Elle part voir sa Mimi

Là-bas en Afrique,

Lui donner les bisous

Rangés dans son bagage.

*

Tour D 6ème étage

Au bord du périphérique

Lili chante.

Dans l’escalier

Elle croise un loulou

« Viens Lili ! » qu’il lui dit

J’te prête mon lit.

*

Place 48 côté hublot

Sur les nuages

Lili s’évade

Casquette rouge

Et leggings blancs

Cœur en voyage

Mimi l’attend.

*

Routes de terre ocre

Sous le soleil d’ivoire

Lili danse.

Ses rires enchantent

Les enfants qui jouent.

Ses pas annoncent l’arrivée

De son sac à baisers.

*

Case ronde en brousse

Sous la lune noire

Lili s’étonne.

Sourire en coin

Dents pointues dans le noir,

Mimi ânonne

Une méloupée noire.

*

Case ronde en brousse

Près des sycomores

Lili pleure.

Loulou de la Tour D

a remplacé Mimi.

Sur son lit de mort

Lili s’endort.


D’après le Petit Chaperon Rouge de Charles Perrault