Elle attendait, elle attendait…
Sa quenouille mille fois rembobinée, son rouet maintes fois déroulé.
Pénélope en avait assez de voir défiler sous ses yeux embués, nombre de prétendants obséquieux.
Le romain avait le nez trop aquilin.
Le grec avait les bourses vides.
Le perse avait les dents trop noires.
L’indien sentait fort le curry.
L’éthiopien l’endormait de ses champs insipides.
Pourtant, il en était un, ma foi, fort bien bâti qui eût pu rendre son mari jaloux s’il n’était point parti.
C’était le prétendant malgache.
De ce long défilé, jour et nuit, Pénélope ne voyait plus que lui !
Il faut dire qu’il avait usé d’une ruse séductrice qui trompa la belle éblouie.
A chaque passage, il était présent, et, d’un sourire ravageur invitait Pénélope à de secrets voyages.
Résistant du mieux qu’elle put, luttant contre son désir et abandonnant sa folle idée, elle annonça au prétendant presqu’élu :
« Tu repasseras au deuxième tour ! Le face à face avec Ulysse risque de t’être fatal ! Tu ne mérites pas un tel affront. Retourne vers tes rives ! »
Et c’est ainsi que le beau prétendant malgache reprit la mer pour Tananarive.
écrit avec les Scribes en Délire - Oct. 2011 - Lyon

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