Un
albatros à mal de mer
L’Ile
de Bonaventure se situe à 2 miles de la Gaspésie, un repaire de fous de
bassans, innombrables, envahissants, agités, bruyants. Nulle autre espèce à
plume ne peut y atterrir ou y trouver refuge. Et pourtant, dans les rochers
moussus de la côte gaspésienne, un couple d’albatros et leur petit y avaient
posé leur nid, dans l’attente de rejoindre cette terre promise.
Le mâle allait et volait autour de
l’île, des jours durant, tentant de repérer le moindre espace vierge pour
débarquer avec sa femelle. Il revenait chaque fois au nid, un poisson dans le
bec que le petit partageait avec sa mère.
Au
printemps du premier jour du 21ème siècle, par un matin de grand beau temps froid,
le vent d’ouest aida la famille albatros à planer vers l’île.
Les premiers coups d’aile de
l’oisillon déroutèrent ses géniteurs. L’oiseau fragile voletait étrangement,
faisant des avancées surprenantes, puis retombait à l’envers, poussé par des
rafales ascensionnelles. Les deux grands albatros le récupéraient de justesse
sur leurs ailes, à tour de rôle. Rien n’aidait le petit vers la bonne
trajectoire. Décidément, il refusait d’avancer, son vol maladroit trahissait un
malaise au dessus de l’océan. C’est alors que les grandes ailes des albatros lui
firent une passerelle salutaire pour atteindre l’île des fous.
Jamais de mémoire de marin, un
albatros à mal de mer n’avait pu survoler l’océan.

