dimanche 27 mars 2016

Un Albatros à mal de mer


 Un albatros à mal de mer

         L’Ile de Bonaventure se situe à 2 miles de la Gaspésie, un repaire de fous de bassans, innombrables, envahissants, agités, bruyants. Nulle autre espèce à plume ne peut y atterrir ou y trouver refuge. Et pourtant, dans les rochers moussus de la côte gaspésienne, un couple d’albatros et leur petit y avaient posé leur nid, dans l’attente de rejoindre cette terre promise.
Le mâle allait et volait autour de l’île, des jours durant, tentant de repérer le moindre espace vierge pour débarquer avec sa femelle. Il revenait chaque fois au nid, un poisson dans le bec que le petit partageait avec sa mère.
         Au printemps du premier jour du 21ème  siècle, par un matin de grand beau temps froid, le vent d’ouest aida la famille albatros à planer vers l’île.
Les premiers coups d’aile de l’oisillon déroutèrent ses géniteurs. L’oiseau fragile voletait étrangement, faisant des avancées surprenantes, puis retombait à l’envers, poussé par des rafales ascensionnelles. Les deux grands albatros le récupéraient de justesse sur leurs ailes, à tour de rôle. Rien n’aidait le petit vers la bonne trajectoire. Décidément, il refusait d’avancer, son vol maladroit trahissait un malaise au dessus de l’océan. C’est alors que les grandes ailes des albatros lui firent une passerelle salutaire pour atteindre l’île des fous.

Jamais de mémoire de marin, un albatros à mal de mer n’avait pu survoler l’océan.

Polaroïd et Selfie



Polaroïd et Selfie

        Le Polaroïd    

L’appareil trône sur la table de Noël. Léon s’en empare et prend ses deux cousins hilares, s’empiffrant de bûche au chocolat. La photo sort illico. Tout le monde rit de plus belle.
L’appareil est au bout de la table. Valentine le prend discrètement et immortalise la grande tablée, tous ses enfants et petits enfants réunis. La photo sort entre ses doigts et elle sourit à ce souvenir qui passera de génération en génération.
Le polaroïd est maintenant dans les mains de Martin, assis près du sapin. Il photographie tous les cadeaux avant qu’ils ne soient ouverts et distribue en Père Noël moderne, ce qui revient à chacun. Eclats de rire !
Ah ! Polaroïd, quand tu faisais la joie de nos réunions de famille…

          

  Le selfie 
   
Autour de la table de Noël, Charlotte, Mélanie, Arthur, John, Ahmed, Louis et Jules pianotent sur leur portable sans se soucier de la bûche glacée que vient de poser Annette.
Les regards sont baissés, les visages neutres, absorbés par l’écran.
Puis Arthur et Mélanie se resserrent l’un contre l’autre et se prennent en photo, faisant d’immondes grimaces.
A leur droite, Charlotte se prend en photo avec le coffret maquillage qu’elle vient de recevoir. Elle s’offre son plus beau sourire.
Face à elle, John et Ahmed se prennent ensemble en s’embrassant, le baiser de travers.
Et pendant ce temps là, Annette découpe lentement la bûche en train de fondre…